par 15063 » 12 Déc 2022 10:11
Il faut d'abord évoquer le réseau secondaire, autrement plus dense jusqu'en 1968, assuré la plupart du temps en autorails à raison de deux ou trois omnibus par jour. Mais parfois, le manque de matériel autorail ou un trop grand nombre de voyageurs obligeait à mettre en route des rames qui étaient des musées sur roues. Car contrairement à la propagande menée contre ces trains, il suffisait de la présence d'un marché, de déplacements scolaires (internes) ou des vacances pour les remplir. La SNCF disposait d'un grand nombre de remorques d'autorails, utilisés même avec des Picasso, ce qui les rendaient bien poussifs. Pour employer un terme moderne, il y régnait une grande mixité sociale avec la paysanne du coin, le groupe de jeunes avec guitare et le parisien avec ses gros bagages. Les habitants locaux venaient souvent chercher les voyageurs du train à la gare où on leur accordait le droit d'accéder au quai (en principe interdit sans billet) car à partir des années 50, les "tortillards" avaient disparu.
Du côté des express, le principe des relations directes, régulières ou saisonnières, était la règle. Les express lents et lourds circulaient souvent à raison d'un de jour et d'un de nuit. Ils desservaient toutes les localités ayant une quelconque importance en dehors de celles de la banlieue parisienne, sauf Versailles disposant d'un privilège étonnant. Aux gares de correspondance, les voitures directes étaient transbordées d'un train à l'autre au prix de manœuvres compliquées mais parfois étonnamment rapides à nos yeux contemporains. On pouvait sans changer de train aller de Lyon à La Rochelle en passant par Limoges ou aller de Paris à Bort les Orgues ou Lamalou les Bains par trois trains différents mais dans la même voiture ! (*)
Attention, les relations les plus rapides étaient réservées à la 1ere classe ! En trains de voitures inox sur les relations les plus fréquentées ou en autorails sur les autres, dont les fameuses RGP. Mais parfois une antiquité d'avant-guerre ne proposant que la 1ere classe. L'inconfort au prix fort. A partir de 1957, il y a les TEE toujours 1ere classe avec supplément mais sans le repas qu'il faut payer en plus.
Disparu aussi, le train-paquebot ou ferry qui, au prix d'un parcours au pas en pleine ville, menait au pied du bateau. Un splendide liner transatlantique au Havre ou à Cherbourg comme le France ou le Queen Mary ou un simple ferry pour la Grande Bretagne à Calais, Boulogne, et Dieppe. A Dunkerque, le night-ferry embarquait des voitures-lits directes de Paris à Londres. Oubliés aussi les paquebots pour l'Algérie à Marseille ou Port-Vendre.
La SNCF travaillait plus en été avec les trains de vacances, assurés le plus souvent avec de vieilles voitures qui ne roulaient que pendant ces deux mois, tirés par des locomotives mixtes, en fait marchandises. Le concept du train lent, très lent, et lourd, chargé à bloc car loué (places réservées) des mois à l'avance comme ce 3777 partant de Montparnasse avec ses 17 voitures jusqu'à Nantes où elles éclataient en direction du Croisic, des Sables d'Olonne, de Pornic et de St-Gilles Croix de Vie. La très forte réduction du billet de congés payés instauré en 1936, conjugué avec un tarif kilométrique, donc juste, favorisait les voyages en train. Ceux qui avaient les moyens se payaient la Côte d'Azur, les moins argentés le Pas de Calais.
Globalement, on ne mourait pas de faim en train. Tous les trains d'une quelconque importance avaient leur voiture restaurant, et les gares leur buffet, parfois un simple bistrot, parfois un restaurant gastronomique. A une époque pas si lointaine, je me suis régalé à bon prix à Clermont-Ferrand ou à Latour de Carol. Par contre, comme le disait le chanteur Renaud, mieux valait éviter le maigre sandwich SNCF, la nourriture du musicien sans le sou toujours en tournée entre deux trains. Ce produit était proposé dans les voitures-buffet des trains sans voiture-restaurant.
(*) Relations disparues de longue date de Paris à Longwy, Plombières les bains, Valenciennes par Montdidier, St-Lô, St-Gilles Croix de vie, le Chapus par La Rochelle, Cambo les Bains, Bagnères de Bigorre, Néris les Bains. Et les transversales improbables du genre Lille-Dijon ou Nancy, Strasbourg-Clermont Ferrand ou Strasbourg-Bordeaux, Royan-Lyon par Limoges, Limoges-Nantes par Parthenay, Le Mont-Dore-Marseille...
Dernière édition par
15063 le 12 Déc 2022 13:26, édité 4 fois.