Bonsoir à tout le monde et en particulier à Nanar que je n'avais pas vu sur le forum depuis longtemps.
Je suis sur la même longueur d'onde que Latll 22. Ce projet de détournement me paraît :
- infaisable techniquement ;
- incommode pour un bon service à apporter aux voyageurs (temps perdu) ;
- coûteux en infrastructure ;
- coûteux en exploitation ;
- sujet à des conséquences très inesthétiques.
Mais méfions-nous : un projet de nouvelle ligne de tram est difficile à concevoir, à financer, à planifier, à réaliser. Tout grain de sable est susceptible de coûter la perte de subventions. Ce fut le cas de la ligne A, à cause des atermoiements sur le choix entre le pneu (la préférence initiale) ou le fer.
Et puis ce n'est pas parce qu'une idée est stupide qu'elle ne sera pas réalisée ou qu'elle n'aliénera pas le projet. Les exemples ne manquent pas et il faut voir qu'une idée est déjà le début d'un processus.
Examinons donc la faisabilité d'un détour du tram B par dessus le faisceau des voies ferrées.
Les problèmes à envisager, de mon point de vue non négligeables et même critiques, sont de deux ordres :
- les importantes différences de niveau impliquant une trop forte pente à rattraper et de gros problèmes esthétiques notamment pour les riverains de la rue Fulton ;
- l'occupation du terrain de la SNCF, pouvant entraîner la démolition de plusieurs bâtiments et le remaniement des voies de garage.
1° PROBLÈME DES NIVEAUX.Globalement Angers est une ville dont la zone centrale est toute en pentes et le quartier de la gare n'y échappe pas.
Sur un plan de l'IGN de 1977 j'ai relevé ou extrapolé ces cotes, classées du plus haut au plus bas :
- pont Létanduère : par analogie on peut lui attribuer la cote de 46,3 m prise au milieu du pont de Contades ;
- carrefour Fulton-Bougère : 43,5 m ;
- place de la Gare : 41,1 m ;
- place Giffard-Langevin : 40,9 m ;
- place Sémard : probablement 40 mètres environ ;
- niveau des voies ferrées : probablement 39,5 m environ ;
- porche de l'ancien Sernam sur la rue Auguste Gautier : 39 m (des voies de débord étaient à proximité) ;
- Pont Noir : probablement 33,5 m environ.
Cela fait une différence de niveau de :
- 6,30 mètres supposés entre le pont Létanduère et la place Sémard ;
- 12,80 mètres supposés entre le pont Létanduère et la chaussée du Pont Noir.
2° PROBLÈME DE L'OCCUPATION DES TERRAINS.Rien ne dit que la SNCF, actionnaire majoritaire de Keolis, ou RFF (les deux vont se retrouver bientôt fusionnés, malgré les directives européennes), soient tellement sensibles à la question des transports urbains et acceptent :
- l'occupation, même en surplomb de leur terrain, parallèlement à la rue Fulton ;
- la démolition des trois bâtiments qui s'y trouvent ;
- le remaniement éventuel des trois voies de garage, refaites il y a seulement quelques années.
On sait déjà que SNCF et RFF sont fort peu motivés par l'aménagement d'un accès sud à la gare d'Angers, c'est la mairie d'Angers qui est demandeuse. Tandis que s'il faut détruire la bibliothèque du comité d'entreprise ou le bâtiment de l'Équipement, ça risque d'être très, très dur.
SI l'on veut, comme y pensent Cramos et Nanar, enjamber les faisceaux de voies il faut construire une passerelle mixte tram-piétons au même niveau que le pont Létanduère (46,3 m environ), les voies du tram entre ces deux points étant établies le long de la rue Fulton, en surplomb de l'emprise ferroviaire. Mais la rue Fulton est en pente, elle descend vers le Pont Noir, tandis que
le nouvel ouvrage du tramway, une sorte d'estacade au profil horizontal au niveau constant de 46,3 m environ, arriverait progressivement au niveau des fenêtres du premier étage des immeubles riverains, dont la base est à environ 41,7 m. La place Giffard-Langevin est au niveau 40,9 m. On imagine les problèmes d'esthétique qui se poseront et alimenteront les controverses ! Mais les controverses occasionnent souvent du retard, ce qui coûte et peut remettre un projet en cause.
Mais il y a encore plus fâcheux : quand le tram arrivera au bout de cette nouvelle passerelle, côté place Sémard, il lui faudra descendre brutalement, contre le flanc du parking Saint-Laud (le bâtiment aux façades en verre), du niveau ± 46 m au niveau ± 40 m. Cela fait une hauteur de 6 mètres ou plus à rattraper sur une distance horizontale limitée à ± 56 mètres (= épaisseur du parking).
La pente serait d'au-moins 10,7 % et déboucherait directement sur le trottoir, au droit des porches d'entrée et sortie du parking. Soit dit en passant, les projets d'aménagement contigus à ce parking sont peut-être déjà fixés.
On n'est plus à l'époque du tramway de Laon, à la pente de 13 % montée en simple adhérence et descendue avec la crémaillère par sécurité. Ni à l'époque des vieux trams de Lisbonne, à simple adhérence, dont la plus forte rampe était de 13 % aussi. Mais j'y avais vu, gravées dans l'asphalte d'une rue en pente, les rayures d'une motrice sortie de sa voie !
Ne perdons pas espoir, il reste une solution, bien qu'elle ne soit pas ma préférée : la rue Fulton et la rue Auguste Gautier disposent d'accès directs au niveau des voies ferrées. Pourquoi ne pas établir la voie du tram au niveau des faisceaux de la gare Saint-Laud ? Les trams couperaient les voies au nez des TGV : c'est possible, il n'y a que 10 voies à couper ! C'est la solution la plus hardie : avec une bonne signalisation et un peu de discipline mutuelle entre exploitants divers, en raison des trains qui traversent sans arrêt à bonne vitesse, on devrait pouvoir y arriver…
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Sur le plan ci-dessous j'avais estimé sommairement les niveaux en comptant les marches des escaliers :

Plan de l'IGN de 1977 :
