Étant un habitué depuis plus de 15 ans des trains de nuit français, en particulier sur la ligne de la Tarentaise où j'ai une attache familiale historique, j'étais forcément obligé de tester le retour inespéré du train de nuit chez les tarins.
J'ai donc emprunté dans les deux sens le fameux (et un peu mystérieux) Travelski Night Express le week-end dernier, c'était une expérience assez unique, avec une joie immense de voir le retour d'un train couchettes dans la vallée de la Tarentaise. En dehors de cela, l'impression globale est en demi-teinte.
Je vous en fait le descriptif complet, histoire de comparer cette offre totalement atypique :
Expérience d'achat :* Les +
- Procédure d'achat facile, mais aucune option possible (le placement est effectué dans la semaine précédent le voyage, en fonction du remplissage, le billet est envoyé par mail à ce moment là
- Prix fixe de 80€ par trajet. En période de pointe, vu le prix des TGV, c'est une aubaine. Néanmoins, ça revient très cher pour une famille et l'offre ne s'adresse qu'à un certain type de clientèle.
* Les -
- aucune flexibilité annoncée dans les CGU, même si en pratique on peut décaler ou annuler moyennant un surcoût. Toute démarche doit se faire par téléphone (bureaux situés en Haute-Savoie), mais dépendent de fait des horaires d'ouverture.
- Aucune possibilité d'achat sur d'autres plates-formes généralistes et moteurs de recherche (comme Omio). De fait, si vous n'avez pas lu la presse, l'existance de ce train de nuit est très (trop) confidentielle, et n'aide pas au remplissage (30% en moyenne)
Expérience d'accueil :Que du positif, puisque le personnel de bord est super nombreux : 1 steward par voiture qui s'occupe personnellement de l'accueil des voyageurs, leur placement, les commandes éventuelles à la voiture bar, et la maintenance de dernière minute sur ces voitures hors d'âge.
Tous ne sont néanmoins pas français (certains sont slovaques, certainement lié à Pegasus Train et son matériel loué en Slovaquie), mais ils font tous l'effort de s'exprimer en français, ce qui est un très bon geste.
Expérience à bord :* Les + :
- Attention très particulière du personnel de bord. Les employés français semblent tous passionnés et il y règne une super ambiance.
- Avec le faible remplissage, les passagers sont dispersés par groupe, famille et solos, et presque tous avaient leur compartiment "privé" (à comparer avec les intercités où les voyageurs sont tous regroupés, et les compartiments vides verrouillés).
- Les voitures sont dans leur jus mais des prises électriques ont été ajoutées et leur alimentation ne dépend visiblement de l'alimentation directe des locomotives, contrairement aux Corail (les prises sont restées actives pendant le retournement d'Albertville). Idem pour le chauffage, un simple radiateur électrique qui fonctionne en continue, que la loco soit présente ou pas. D'ailleurs, la puissance du chauffage est réellement pilotable (mais délicate pour avoir la température idéale, comme tout radiateur électrique sans thermostat)
Au retour, la voiture avait un problème de chauffage. Une fois signalé le problème au "steward", celui-ci la réglé illico en bidouillant l'armoire électrique.
- La présence d'une voiture bar-restaurant, chose que je n'avais jamais expérimenté en train de nuit, proposant des snacks, boissons chaudes et eau, ainsi que quelques plats chauds (comme une tartiflette à 10€, très correct comme prix !).
Le bar est ouvert jusqu'à minuit et rouvre pour le petit déjeuner à 5h.
On peut solliciter les stewards pour se faire servir directement dans son compartiment.
A noter que la voiture bar propose pas mal de place assises qui conviennent bien aux noctambules, préférant la discussion au sommeil, ce qui laisse les voitures couchettes très silencieuses.
- Un kit de nuit propose le minimum attendu (masque pour les yeux, bouchons d'oreille, lingettes, et un petit livre de jeux pour les enfants)
* Les -
- Le matériel est clairement hors d'âge (hormis la voiture restaurant). N'ayant testé en mode couchettes que les voiture Corail et le Caledonian Sleeper, on sent clairement que les bogies sont d'une génération précédent celles des Corail. Ça saute beaucoup, ça grince pas mal. Pas vraiment d'ambiance feutrée à la Corail quoi ^^
- Les couchettes sont assez dures, même si on finit par s'y habituer.
- Le plus gros point noir à mes yeux est l'absence de ventilation : à part le chauffage individuel à chaque compartiment, ainsi que dans le couloir, aucune grille d'aération ne vient ventiler.
En hiver, ça n'est pas trop gênant, et Travelski a annoncé ne pas mettre plus de 5 personnes par compartiment (de 6 couchettes). Néanmoins, les couchettes supérieures doivent souffrir du manque de renouvellement d'air (perso, j'ai apprécié pouvoir ouvrir la fenêtre au milieu de nuit pour chasser l'humidité, et encore j'étais seul !).
Le même matos en été, c'est no way !
Côte horaires, le sens Paris-Savoie est relativement conforme aux horaires de 2016, avec une arrivée à 8h09 à Bourg-St-Maurice, permettant des correspondances matinales aux 3 gares tarines.
Le retour est encore mieux avec un départ à 21h30 de Bourg, laissant largement le temps de dîner en ville. L'arrivée à 6h32 à Gare de Lyon pique un peu (mais c'est toujours mieux que l'arrivée du Rodez/Aurillac à 9h et quelques ^^). Les horaires de 2016 étaient dans la même veine.
Ormi le matériel hors d'âge, on ne peut que regretter la faible visibilité commerciale car ce train de nuit nous a tellement manqué ces dix dernières années en Tarentaise. Les trains de jour, mêmes cadencées façon RER les samedis de pointe, obligent d'effectuer les transferts des stations pendant les inévitables bouchons de chassé croisé, sans parler des prix qui atteignent des sommets (sans mauvais jeux de mots).
Pour l'anecdote, c'était un énorme bazar samedi soir à Moutiers, tout était tellement bloqué que j'ai personnellement abandonné l'autocar station-gare en pleine route et finit les 3 derniers kilomètres à pied avec tout mon matos. À noter qu'un petit nombre de voyageurs n'ayant pas réussi à attraper le dernier TGV ou leur bus de nuit, bloqués par la neige avaient repéré ce "mystérieux" train sur les panneaux d'affichage et n'arrivaient pas à réserver en dernière minute. Ils sont finalement montés à bord un peu au culot. Je ne sais pas s'il ont dû payer quelque chose et combien, mais ils ont bien pu faire le trajet (néanmoins assis dans la voiture bar).
Cela montre encore une fois de plus l'intérêt de développer au maximum cette offre de nuit sur cet axe.
Le mot de la fin : le hard product est un voyage dans les années 60 (que je n'ai pas connu) et fait pale figure à côté de nos bons vieux Corail non rénovés mais la présence et l'offre commerciale vient vraiment compenser la chose. J'ai envie de voir le verre à moitié plein plutôt que moitié vide, donc globalement, expérience positive.
Il faut aussi bien comprendre le concept initial qui consiste à proposer une offre incluant le train + transferts en station + hébergement + location matériel + forfaits. On comprend mieux la très forte présence commerciale à bord pour que "l'expérience globale" soit la meilleure possible, la rentabilité intervenant certainement sur la totalité de l'offre.
Cette solution de train de nuit étant initialement une alternative au manque de rames Eurostar à affréter depuis Londres, la clientèle anglaise historique de Travelski ne semble pas avoir répondu présent (les Eurostar étaient tous complets, et c'est pour cela qu'on ne les a jamais vu ouvert en réservation train seul). L'ouverture des ventes du train de nuit seul s'est faite très récemment, probablement par manque de réservations initiales.
La compagnie des Alpes a annoncé ne pas avoir peur de l'absence de rentabilité du train. Espérons que cela soit reconduit l'hiver prochain avec cette fois une multiplication des canaux de vente (et du matos moins obsolète ^^)
Pour les spécialistes, les voitures couchettes sont des UIC-X Bocmh (années 60 et reconstruites en 1970 semble-t-il), la voiture bar est une WRmz (V200 qui plus est !)
PS : je ne sais pas si ce très long post avait sa place dans un nouveau sujet dédié pour un meilleur référencement pour les curieux, où dans celui-ci, je laisse les modos juges
