Projet de RER métropolitain en Gironde : ce qui patine encore
Rencontre au sommet, ce jeudi à Bordeaux, entre le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, et les présidents de la Région, Alain Rousset, et de la Métropole, Alain Anziani. Où le RER métropolitain sera forcément sur la table
Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, et Franck Lacroix, le patron des TER en France, sont à Bordeaux ce jeudi dans le cadre d’un tour de France destiné à lister les projets de trains dans toutes les régions. Ils dînent le soir au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, avec le maître des lieux, Alain Rousset, et le président de Bordeaux Métropole, Alain Anziani.
Au menu, entre autres dossiers, le gros projet de « RER métropolitain », pour lequel les deux collectivités ont établi une feuille de route commune en décembre 2018. « Un projet d’une importance majeure », selon Alain Anziani qui, pourtant, connaît quelques problèmes de fluidité. Deux ans après son lancement, voici ce qu’il faut retenir.
1 Libourne-Arcachon, un petit pas dès le mois prochain
Cet énorme projet vise à transformer le réseau de TER qui existe autour de Bordeaux en véritable étoile ferroviaire de transports en commun. Il suppose des travaux d’infrastructures, plus de trains et plus de gares, comme le détaille la feuille de route de 2018. En deux ans, qu’est-ce qui a été fait ? En janvier 2020, une cellule de travail associant les trois partenaires (SNCF, Région, Métropole) a été créée à Bordeaux. Sa mission : mettre en œuvre le projet.
« Le projet patine parce que les élus ont peur d’y mettre la main, puis le bras… » résume un élu.
Première réalisation concrète : le lancement, en décembre 2020, des prémices de la future ligne Libourne-Arcachon sans changement de train à Bordeaux. Autre avancée, le lancement de plusieurs études techniques préalables à des travaux, sur les futurs terminus d’Arcachon et Libourne. Côté chantiers, la construction d’une aire de retournement à Saint-Mariens démarrera l’an prochain. Enfin, Région et SNCF injecteront 74 TER supplémentaires par semaine dans le réseau en 2021.
2 Des coûts astronomiques qui font peur aux élus
Il n’existe pas à ce jour de chiffrage précis du projet de RER métropolitain, mais on évoque une enveloppe de plus d’un milliard d’euros d’ici à 2028. Région et Métropole ont scellé un accord de cofinancement, mais la SNCF n’a pris aucun engagement sur sa participation. Pour Alain Anziani, les choses ne sont pas assez claires :
« Il nous faut une clarification sur les coûts et les délais. En 2018, la part Métropole était de 100 millions d’euros, aujourd’hui on est à 223 millions ! Cela fait plus que doubler, sans aucune lisibilité. »
Pour faire sauter le bouchon ferroviaire à la sortie sud de Bordeaux, la facture est encore plus salée : 930 millions. La Métropole prendrait un tiers à sa charge, hors compétence (puisqu’elle ne s’occupe pas des trains). Vice-président de la Région chargé des infrastructures, Renaud Lagrave évoque « des tarifs SNCF qui explosent au fur et à mesure » depuis 2018. « Le projet patine parce que les élus ont peur d’y mettre la main, puis le bras… » résume un élu.
3 Un portage politique qui flotte un peu
Au Conseil régional, les choses sont claires : Renaud Lagrave pilote le dossier, sur lequel le président Rousset est très investi. Mais les élections régionales approchent – au printemps prochain. C’est une période délicate pour défendre les projets possiblement clivants. Par ailleurs, le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebarri, homme clé du dossier, est candidat pour l’investiture LREM. Un piège potentiel pour Rousset, qui a besoin de lui.
Côté Métropole, Juppé parti, le dossier s’est un peu enlisé depuis 2019 et la campagne des municipales. Aujourd’hui, le président Anziani dit vouloir « (s’)impliquer plus » mais, en chef d’un pack, aux côtés du maire de Bègles, l’écologiste Clément Rossignol Puech, de la communiste Claude Mellier, vice-présidente aux infrastructures, de Gérard Chausset, président de la commission transports…
N’avoir qu’une seule tête ne serait-il pas plus percutant ? Et surtout, quelle est la solidité d’un tel attelage ? Le maire de Bègles, par exemple, est opposé au passage du fuseau de la ligne à grande vitesse (LGV) vers Toulouse dans sa commune. Selon Alain Rousset, cette voie supplémentaire est capitale pour le futur RER. « Aujourd’hui, on ne peut pas faire passer des trains au quart d’heure vers Arcachon ou Langon, du fret, du TGV, des Intercités vers Marseille et Toulouse. Sans troisième voie, ça ne passe pas », affirme Renaud Lagrave. Pour lui, l’opposition LGV-trains du quotidien doit être dépassée.
4 Un projet titanesque peut-être sous-estimé au départ
Il y a un monde entre les intentions politiques et la définition précise de ce projet. La SNCF s’est attelée depuis un an à sa faisabilité technique, travail titanesque. Il faut dresser un état des lieux des infrastructures existantes, qui sont disparates. Plusieurs aspects ont, par ailleurs, été négligés, comme la nécessité de lancer des enquêtes publiques avant certains travaux. En priant pour ne pas tomber sur une espèce protégée. Il faudra aussi gérer les relations avec les habitants, « parce que plus de trains, c’est aussi plus de bruit », souligne la SNCF. Cet aspect n’est pas abordé dans la feuille de route. Bref, il n’y aura pas de grand soir. Le futur RER se fera par petits bouts, ce sera très long et on en est au tout début.
Enfin, du point de vue de la Région, la SNCF a sous-estimé ses propres besoins en personnel, dont celui dédié aux études techniques.
Gare de la Médoquine : le SOS de Sallaberry
C’est un des rares dossiers qui fait consensus, quelle que soit l’étiquette politique : la réouverture de la gare de la Médoquine, à Talence. Fermée depuis soixante-dix ans, elle doit rouvrir. En 2023… sur le papier. Un dossier qui dit beaucoup de la complexité de ces dossiers d’infrastructures ferroviaires, où de nombreux acteurs ont voix au chapitre : SNCF, Région, Métropole, communes…
Emmanuel Sallaberry, le maire de Talence, a lancé un SOS lors du dernier conseil métropolitain sur le sujet : « Une première étude de SNCF Réseau faite pour la gare a été chiffrée à 10 millions d’euros. Au mois de juin, le prix a doublé », s’agace l’édile. Cela fait tousser à tous les étages. Notamment à la Région, qui pilote ce dossier. Celle-ci s’oriente vers un audit, qui pourrait durer environ huit mois, selon le maire de Talence, et retarder d’autant le processus.
« Arrêtons de perdre du temps. Avançons ! Lançons sans tarder la concertation, afin d’aboutir à un avant-projet qui nous permettra de déterminer le coût avec plus de précision – et les choix, car plusieurs scenarii sont possibles. L’audit de la Région peut tout à fait se faire parallèlement à cela », plaide-t-il.
Une nouvelle épine sur le dossier du RER métropolitain. Mais, avant cela, un retard fâcheux, puisque la Médoquine concerne un bassin de population de 150 000 personnes et que, par sa localisation (desserte du campus, CHU…), Talence a un rôle clé à jouer.
Xavier Sota
« La clé est au sud de Bordeaux »
Région et Métropole ont voté pour débloquer plusieurs enveloppes pour l’aménagement de la ligne Saint-Mariens-Bordeaux-Langon. Au programme, la construction d’un terminus ferroviaire à Saint-Mariens (dans le Cubzaguais), pour que les trains puissent y faire demi-tour, et l’électrification de la ligne.
Sur ce point, il y a débat, comme l’a souligné Christophe Duprat, maire de Saint-Aubin-de-Médoc. « Pourquoi ne pas étudier un train à hydrogène (utilisé en Allemagne) ou à batteries, des techniques moins coûteuses, plutôt que l’électrification de toute la ligne ? Il faut sérieusement envisager des alternatives à ce qui se fait actuellement », indique l’élu. La porte reste ouverte sur ce sujet pour ce projet qui constitue l’une des cinq branches du futur RER métropolitain. « La clé de ce projet est au sud de Bordeaux », avance l’ancien vice-président aux transports de la Métropole.
Car c’est également ce secteur que devrait emprunter une liaison Bordeaux-Toulouse à grande vitesse (LGV). Un projet érigé au rang de symbole, qui marque une ligne de fracture entre les écologistes et les socialistes. Pour le LR Christophe Duprat, il ne faut pas se tromper : « LGV ou pas, ces aménagements sont indispensables pour le RER métropolitain. Nous en avons besoin, c’est le projet structurant pour la mobilité dans la Métropole. De même que le tram n’avait pas d’étiquette politique, le train n’en a pas davantage. Je pense que cela, on peut le comprendre que l’on soit écologiste, socialiste ou issu de la droite. »
X. S.