Et voilà ! Après le projet Béatse, voici le projet Béchu, encore un nouveau bricolage !
• LA CONDITION PREMIÈRE DU PROJET : PAS DE NOUVEAU PONT.Il semble que la motivation principale de ce projet de l’équipe Béchu soit avant tout d’éviter la construction d’un nouveau pont et d’utiliser le pont de Verdun, ouvrage fragile (fondations et voûtes) et étroit qui pourrait même causer de mauvaises surprises lors des travaux.
Ce refus de construire un nouveau pont et le choix du pont de Verdun conditionnent l’ensemble du projet, avec pour conséquences :• l'abandon d’une desserte plus simple et plus rapide de Belle-Beille vers la gare et le boulevard Foch par la ligne B (projet Béatse) ;
• l'impossibilité de tracer la ligne B Beaucouzé/Belle-Beille/Monplaisir/Parc des expositions en passant par l'hypercentre ;
• l'obligation, pour compenser cet impossible accès de la ligne B à l'hypercentre, de créer une 3e ligne (ligne C) dont la faible fréquence (21 minutes ?) n’attirera pas les foules et dont la seule justification est la desserte de l'hypercentre. Mais cela complique inutilement le réseau, ce qui est anti-économique ;
• la privation d'accès direct au boulevard Foch et à la gare en venant de Monplaisir, correspondance obligée place Molière ;
• le dérèglement des fréquences qui peut affecter, entre autres, le sens unique de la rue de la Roë, laquelle verrait passer deux lignes mal synchronisées ;
• la mise à néant de l'accoutumance au projet de ligne de tram B (projet Béatse) par la ligne actuelle de bus 1 Belle-Beille — République — Gare — Foch — Monplaisir (une trajet tout de même tordu en forme de siphon ou de vilebrequin) ;
• la vulnérabilité aux inondations au niveau des deux culées du pont de Verdun et de la rue Beaurepaire qui est inondable au delà du carrefour du boulevard Henri Arnauld.
Le recours à ce « joker » qu’est la 3e ligne — bricolage censé apporter une solution (mauvaise) au problème majeur du déplorable accès à l’hypercentre entre Belle-Beille et Monplaisir — met en évidence les incohérences de ce projet qui apporte des problèmes plutôt que des solutions.• STRUCTURE DU RÉSEAU PROJETÉ.Le plan cherche à faire croire à une structure de trois lignes dont deux seront créées pour le prix d’une seule. Mais c’est artificiel, car on voit bien que seuls 4 axes rayonnent depuis le centre-ville :
• vers La Roseraie ;
• vers Avrillé ;
• vers Belle-Beille/Beaucouzé ;
• vers Monplaisir/Parc des expositions.
Malgré ces 3 lignes nous restons en réalité dans une structure équivalant à 2 lignes seulement, tout comme dans le projet de la liste Béatse.
Les lignes du projet Béchu seraient :
• la ligne A actuelle : Avrillé — Molière — Ralliement — Foch-Maison Bleue — Gare — Roseraie.
Si la fréquence du tram A devait être réduite pour économiser l’apport de la ligne C, c’est la partie Molière — Avrillé qui s’en trouverait dégradée.
• la ligne B : Beaucouzé (extension future ?) — Belle-Beille — Molière — St-Serge-Université — Monplaisir — Parc des expositions (extension future ?).
Son énorme défaut : elle ne dessert pas l’hypercentre, elle le tangente seulement à la place Molière qui devient ainsi sa station centrale. C’est le pendant de Foch-Maison Bleue sur la ligne A, mais, question fréquentation et attractivité, on en est à des années-lumière !
Et ça, on le sait déjà ! Dans le réseau de bus Irigo (1re version), la ligne 10 ne desservait pas non plus l’hypercentre, ne le frôlant que par la place Molière. Le trafic y était si faible que l’année suivante la place Molière fut abandonnée, la ligne 10 étant profondément remaniée en centre-ville pour desservir l’hypercentre par le boulevard Foch.
Les mêmes causes ayant les mêmes effets, la ligne de tram B sera sans doute très pénalisée par cet itinéraire qui n’amène pas les voyageurs où ils veulent aller.
Le trajet entre Montesquieu et le pont de Verdun est bien trop tortueux, ce qui coûte du temps, c'est un tortillard.
Depuis Monplaisir, il est improbable que la clientèle apprécie de s'écarter autant du boulevard Foch et de descendre en direct vers la place Molière par les boulevards Carnot et Ayrault, et la rue Thiers : elles sont loin, les rue piétonnes.
Sa fréquence sera affaiblie et déréglée par la ligne C qui lui prendra un tram sur 3.
• la ligne C : Belle-Beille — Molière — Ralliement — Foch-Maison Bleue — Gare — Roseraie.
Sa fréquence devrait être faible, sans doute 21 minutes au mieux : 1 tram sur 3 sera prélevé sur la ligne B. Pour éviter d’attendre un rare tram C, de nombreux voyageurs préféreront faire une correspondance entre les lignes A et B.
C'est une ligne de doublage, elle ne circulera sans doute pas au petit matin, ni en soirée, ni le dimanche, quant aux vacances d'été, est-ce bien sûr ? Cette ligne est de trop, car deux lignes suffisent, mais à condition que la ligne B desserve l'hypercentre, ce qui est incompatible avec le passage par le pont de Verdun.
Dans le principe envisagé, certains tronçons sont parcourus par deux lignes différentes qui s’y superposent en doublon. On trouve des exemples de ce genre, mais
pour que cela fonctionne bien, les fréquences de chaque ligne doivent être équivalentes pour bien s’intercaler. Ce ne sera pas le cas puisque la ligne C (3e ligne) prélèvera 1 tram sur 3 à la ligne B. On verra donc souvent des trams se suivre au lieu de s'intercaler, ce qui sera sans grand intérêt.
D'ailleurs les doublages sont-ils nécessaires vers Roseraie et Belle-Beille ? À Bâle (extraordinaire réseau !) il y a bien des lignes de doublage, mais seulement en heures de pointe, et les circulations n'y sont guère nombreuses ; et puis c'est Bâle, pas Angers, et puis c'est la Suisse, pas la France….
Il y aura une nette disparité de trafic entre les tronçons :• tronçons à service renforcé (doublon de 2 lignes inégales en fréquence avec passages irrégulièrement alternés) :
• Belle-Beille — Molière (B + C) ;
• Molière — Roseraie (A + C) ;
• tronçons à service simple (1 seule ligne par tronçon) :
• Avrillé — St-Serge-Université (partie nord de la ligne A) ;
• St-Serge-Université — Monplaisir, extension future (?) au Parc des expositions, (partie est de la ligne B)
• Beaucouzé (future extension ?) — Belle-Beille (partie terminale ouest de la ligne B)
• INCIDENCES SUR LES FRÉQUENCESLe problème sera causé par la ligne C, dont la fréquence sera prélevée sur la ligne B : 1 tram sur 3 desservirait la ligne C, contre 2 sur 3 sur la ligne B. Pour une trame de 7 minutes, on aura un horaire-type de ce genre :
14 h 00 vers Monplaisir B
14 h 07 vers Monplaisir B
14 h 14 vers Roseraie C
14 h 21 vers Monplaisir B
14 h 28 vers Monplaisir B
14 h 35 vers Roseraie C
14 h 42 vers Monplaisir B
14 h 49 vers Monplaisir B
14 h 56 vers Roseraie C
15 h 03 vers Monplaisir B
15 h 10 vers Monplaisir B
15 h 17 vers Roseraie C
• Dans cette hypothèse, la ligne B subirait une fréquence dégradée par des trous, avec des intervalles irréguliers : 7’-14’-7’-14’, etc.
Autrement dit un service piégeux et pénible, avec des surcharges après chaque trou.
• La ligne C aurait une fréquence de 21 minutes, ce qui est dérisoire pour un tramway urbain, malgré la régularité de la cadence. D’ailleurs même en bus c’est pénible.
Le paradoxe est que la clientèle sera plutôt attirée par le meilleur accès à l’hypercentre, mais elle subira la pire fréquence, tandis que la fréquence la plus forte correspondra à l’itinéraire le moins demandé.
Quant au serpent de mer de la liaison Roseraie — Belle-Beille en direct par les transports en commun, dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies, le projet Béchu n’y apporte aucune solution, puisqu’il reprend, grosso-modo, l’ancien bus 1 du dernier réseau Cotra, ligne qui était largement critiquée sous cet angle. Mais il se peut que, d’un point de vue électoraliste, on cherche à séduire avec cette pauvre ligne C directe Roseraie — Belle-Beille, toutes les 21 minutes !
Plutôt que le tram C du projet Béchu, il sera bien plus pratique et peut-être moins long de prendre le tram A de la Roseraie jusqu’à la gare, puis une correspondance avec le tram B jusqu’à Belle-Beille, selon le projet Béatse qui est bien meilleur, mais à condition bien sûr de
renoncer à cette ânerie électoraliste de détour par l’accès sud de la gare, qui ne sert à rien et coûterait très cher sans rien apporter aux usagers, sauf du temps perdu.
Le but recherché dans le projet Béchu était sans doute l’économie par le refus d'un nouveau pont, mais c’est discutable car le réseau qui en résulte est bien plus compliqué, bien moins attractif, bien moins performant, ce qui est souvent contraire à l’économie, et ça c'est comme la dette, ça s'accumule décennie après décennie…Quant à la réalisation, ce ne serait pas si simple, notamment pour traverser la Maine et la voie des Berges, dont le propriétaire, le Conseil général, a pour président monsieur B…
Et la traversée de la Doutre sera peut-être une guerre de tranchées (son pont de Verdun, sa rue Beaurepaire, ses maisons à colombages, sa place de la Laiterie, son église de la Trinité, son abbaye du Ronceray, son hôtel des Pénitentes…), car il y a là des associations qui défendent le patrimoine et sont capables de faire annuler le plan local d'urbanisme. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ont forcément raison sur tout.
Et puis faire trois lignes (dont une ligne assez bidon), quand deux suffisent, est-ce bien économique ?
Cette 3e ligne, présentée comme une astuce géniale, une botte secrète, un avantage décisif sur la concurrence — deux lignes pour le prix d'une seule ! — c’est en réalité le révélateur de l’incohérence du projet. C'est de l'époustoufle, de l'attrape-gogo car en réalité cette 3e ligne ne sert à rien sinon à (mal) compenser le (mauvais) tracé de la ligne B, causé par le (mauvais) choix du pont de Verdun. Et en plus elle dérèglera lourdement les fréquences de la ligne B qui n'ira pas dans l'hypercentre. Tout ça pour faire des économies, ce qui n'est même pas sûr !Et le projet de réaménagement des Berges de Maine dans tout ça ? Ça s'articule comment avec la voie des Berges et le tramway ? Ou alors on garde la voie rapide et ses trémies ?
Quand on pense qu'avant 1977, sous la municipalité Turc, un projet de nouveau pont entre la place Molière et l'avenue des Arts-et-Métiers avait failli se faire, pour rendre piétonnier le pont de Verdun, considéré comme dépassé pour la circulation !
C'est très difficile d'aménager un tramway, techniquement il y a des solutions, mais du côté des populations et de leurs élus il y a des problèmes. Le tram desservant le sud de la gare Saint-Laud, c'était curieux aussi…