Transdev vend le quart de son activité pour résorber sa dette
Trois mois après son arrivée aux commandes de Veolia Transdev, Jean-Marc Janaillac tranche dans le vif. Endetté, peu rentable et déboussolé, le groupe né en 2011 de la fusion calamiteuse de Veolia Transport et de Transdev va subir une sévère cure d'amaigrissement, avec un plan de cessions d'actifs représentant un quart de son activité. A l'issue de l'augmentation de capital en cours, la Caisse des dépôts va devenir l'actionnaire majoritaire du groupe, qui devient simplement Transdev.
Le premier groupe français de transport public efface Veolia de son nom. Pour ce secteur, c'est la fin d'une époque marquée par la course à la taille critique et la conquête de marchés étrangers. C'est surtout, en interne, le signe que le groupe en a fini avec la période du "non-choix", pour reprendre la formule de Jean-Marc Janaillac.
Quatre années d'un mariage raté, pendant lesquelles deux organisations et deux cultures ont cohabité sans qu'une identité commune émerge. "Transdev est une marque connue et appréciée, martèle aujourd'hui son patron. Nous avons fait ce choix pour nos clients".
Le nouveau pdg, qui présentait le 26 mars 2013 la nouvelle stratégie du groupe à la presse, se donne trois ans pour redresser l'entreprise et notamment résorber la dette, qui s'élève fin 2012 à 1,9 milliard d'euros. Une augmentation de capital est en cours pour un montant de 800 millions d'euros, souscrite à hauteur de 520 millions d'euros par la Caisse des Dépôts, qui deviendra l'actionnaire majoritaire, et à hauteur de 280 millions d'euros par Veolia.
Des cessions d'actifs sont par ailleurs prévues. La première phase porte sur la SNCM et les activités dans les pays de l'Est, cédées à la Deustche Bahn. Les parties attendent l'avis de l'Autorité de la concurrence. Dans une seconde phase, Transdev compte se séparer d'activités non rentables, ou nécessitant trop d'investissements : en Allemagne, Finlande, Suède et Belgique, pour un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros.
Aux Pays-Bas, le groupe se séparera des anciennes activités de Veolia mais conservera Connexxion. Si ces ventes se réalisent, Transdev ne réalisera plus que quelque 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, contre 8,2 milliards aujourd'hui (en incluant la SNCM et les pays de l'Est).
Renégocier les contrats déficitaires
Second objectif : améliorer le résultat opérationnel de 30% d'ici à fin 2015. En 2012, le résultat est négatif de 380 millions d'euros, dont 320 millions pour dépréciation d'actifs et 60 millions de pertes d'exploitation courante. Comment s'y prendre ? D'ores et déjà, un plan d'action a été établi pour renégocier au maximum les contrats déficitaires, dans une quinzaine de villes. Cela a été fait à Saint-Étienne ou au Creusot, par exemple. Jean-Marc Janaillac évoque aussi un effort pour maîtriser les coûts de fonctionnement, à commencer par ceux de l'état-major du groupe.
"Lors de la fusion, Veolia Transdev était présenté comme le leader mondial du transport, rappelle le pdg. Ce positionnement ne sera plus le nôtre. Nous voulons être un gestionnaire de mobilité multimodale, en nous appuyant sur notre expertise du transport à la demande, du transport interurbain et des services numériques".
Le groupe compte notamment sur son partenariat avec IBM pour proposer son offre "smarter mobility" aux villes. Ainsi "resserré", présent dans 17 pays et non plus 27, le groupe entend repartir à l'offensive et être dans la course au moment de l'ouverture à la concurrence en France des TER, en 2019.
Certes, le groupe a perdu beaucoup de contrats en 2011, et son chiffre d'affaires 2012 (hors cessions) est en retrait de 400 millions d'euros. Mais Jean-Marc Janaillac croit au potentiel de rebond : "Nous restons une entreprise forte, qu'il ne faut pas trop vite enterrer..."
Source http://www.mobilicites.com/fr_actualite ... _2443.html
Veolia + Transdev : 1 + 1 = 1,1
Jean-Marc Janaillac, nouveau patron de Transdev, réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué ? Parviendra-t-il à redresser la barre de l'ex-géant mondial des transports publics plombé par trois ans d'errements stratégiques ?
Ce que l'histoire retiendra de la fusion entre Veolia et Transdev, c'est le sentiment d'un immense gâchis et d'une incroyable perte de valeur. Quand Augustin de Romanet et Antoine Frérot, respectivement pdg de la Caisse des dépôts et de Veolia Environnement, annoncent en mai 2010 l'accord de fusion entre leurs deux filiales transport, ils expliquent que ce rapprochement, qui apparaît à beaucoup comme le mariage de la carpe et du lapin, créera de la valeur.
"1 + 1 fera plus que 2" expliquaient-ils confiants, assurant même quen compte tenu de la conjoncture et "du développement prévisible du marché mondial de la mobilité", l'objectif était de passer de 8,2 milliards d'euros de CA en 2010 à 10,2 milliards en 2015.
Trois ans plus tard, en 2013, Jean-Marc Janaillac fraîchement nommé pdg du groupe, n'arrive pas tout à fait au même résultat. Il espère tout juste atteindre 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires après avoir vendu des actifs représentant au total deux milliards d'euros de CA. Assorti d'un retrait géographique puisque le groupe va se recentrer sur 17 pays contre 27 auparavant.
Pour mieux resituer la contre-performance du groupe français, il faut savoir que son principal concurrent hexagonal, Keolis, dont le CA progresse de 10% par an, devrait atteindre lui aussi six milliards d'euros en 2015. En 2010, il dépassait à peine quatre milliards...
Taille critique ou critique de la taille ?
Mais il n'est plus temps de se lamenter sur le passé. Et, face à cette situation dont il n'est pas responsable, Jean-Marc Janaillac a décidé de "décider". Un verbe dont on avait un peu oublié le sens chez le géant mondial du transport public revenu à taille humaine.
Il taille dans le vif et, en même temps, il revient sur ce qui était un peu la marque de fabrique de Veolia, la course à la taille sans toujours le souci de la rentabilité. Le nouveau patron de Transdev l'a répété à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse le 26 mars : "Big n'est pas toujours beautiful", et le concept de taille critique n'a pas le même sens dans une activité de services délocalisés comme le transport public que dans l'industrie.
Un discours que l'on retrouve chez les trois grands opérateurs français de transport public, plus soucieux désormais de rétablir leurs marges laminées sur l'Hexagone que de grossir démesurément.
Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Les errements des actionnaires n'ont pas tué en quatre ans le potentiel d'expertise et de savoir-faire du groupe. D'autant que les perspectives de développement des transports publics dans le monde et d'ouverture de ces marchés au privé sont toujours aussi prometteuses.
Gageons qu'après deux ans de "pause" le nouveau Transdev sera de nouveau prêt à en découdre avec ses concurrents.
Source http://www.mobilicites.com/fr_actualite ... _2441.html




