Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

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Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 10 Aoû 2017 2:50

Bonjour,

À la suite d'une discussion sur les rames pelliculées des trams d'Angers, qui a dérivé vers la situation critique et inquiétante du déclin des centres-villes et de leurs commerces, je lance ce sujet pour y rassembler des éléments de discussion sur ce thème spécifique et de très grande importance.

Pour le démarrer je mets des liens vers des articles de presse récents.

Il serait sans doute souhaitable de nous limiter à cette question du commerce et des centre-villes des agglomérations moyennes et petites, voire très petites.
Mais je ne jetterai pas la pierre à d'éventuelles digressions car moi-même je digresse très souvent.

On n'y penserait pas d'emblée, mais ce déclin ne frappe pas seulement les petits commerces car même le devenir des zones commerciales périphériques est incertain : aux USA, inventeurs de la formule, il y a des malls abandonnés — le mall est un centre commercial couvert. Voir ces sites sur les dead malls :
Et en France aussi il y en a, des « dead malls », mais c'est plus récent, ils sont donc bien moins nombreux :
Sans doute faut-il voir une forte proximité de cette question des commerces et centres-villes avec le concept plus global de « France périphérique », élaboré par le géographe Christophe GUILLUY. Celui-ci n'a pas plu à tout le monde car il décrivait une situation qui perdurait depuis fort longtemps, tout en bousculant quelques préjugés sociologiques et moraux sur la population, mais sans chercher à se soumettre à des dogmes politiciens peut-être un peu décalés par rapport à des réalités qui évoluent. Et une évolution n'est pas forcément positive. Forcément il pouvait déplaire (voir dans Wikipedia les critiques de ses confrères : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Guilluy). Mais les critiques elles-mêmes ne sont pas exonérées d'être critiquées et son livre (La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014) a fait l'effet d'un pavé dans la mare, ayant été largement pris au sérieux.

Il faut préciser le terme de « périphérie » utilisé par C. Guilluy : il s'agit, grosso-modo, de nommer ainsi l’immense partie du territoire français qui ne fait pas partie d’une métropole (les plus grosses ne sont que treize en France, Paris compris). Il s'agit donc de l’essentiel de la surface du territoire, un mélange de zones suburbaines densément bâties, de villes moyennes et petites, voire toutes petites, et d’immenses zones rurales. Ce qui réunit ces territoires disparates, apparemment sans lien, est la modestie de leurs habitants qui sont considérés comme subalternes, leurs revenus réduits et leur précarité. Leur dépendance à l’automobile est aussi un des critères : ce sont des gens pour qui la voiture est indispensable, mais qui ne prennent guère l’avion, lequel est un critère des « métropolitains » qui l'utilisent souvent. En somme, est « périphérique » ce qui est en dehors du très petit territoire des métropoles riches, prospères, avantagées et assez arrogantes car elles prétendent guider le pays. Mais le guider vers quoi ? La feuille de route est assez imprécise.

Toutefois il n'y a pas que des géographes perspicaces pour s'intéresser à ce problème : dans les milieux du commerce et de la promotion immobilière, après des décennies très profitables qui ont transformé le pays et son aspect, on éprouve aussi quelques soucis.

Pourtant il suffit de se promener en France, en dehors des métropoles-Potemkine où tout va bien parce qu'il y a de l'argent et qu’elles sont avantagées, pour constater avec tristesse le déclin d’innombrables territoires. Ce déclin dure depuis très longtemps, au moins depuis la fin de la deuxième guerre, mais sans doute d’encore avant.

Parcourir la France, c’est traverser des petites villes pleines de charme, aimables et pittoresques, mais qui végètent pour la plupart sans espoir. On parcourt aussi des campagnes souvent très belles — à vrai dire il n'y en a pas de laides — qui sont toujours cultivées, mais on sait que beaucoup d'agriculteurs y vivent avec un revenu misérable et que le taux de suicides est très élevé.
Les services publics s'éloignent et souvent disparaissent. Internet y est souvent fort mal reçu, on a du mal à se connecter au réseau.
Le réseau ferroviaire y subit un délaissement général qui justifie des destructions définitives dont il y a lieu de craindre qu'elles vont devenir massives, faute d'argent et de motivation. C'est la rançon de la primauté absolue du TGV, de la dérive des coûts (RFF sous-traite l'entretien de ses voies à la SNCF qui impose ses prix, faute de concurrence) et du maintien de conditions sociales très favorables par rapport à l'immense majorité de la population.
Il y a bien sûr l’autocar, mais c’est de plus en plus un car express intercités qui ne dessert pas les bourgs et ne va pas plus vite qu'une rame TER omnibus qui s'arrête partout. Je ne sais si je suis dans le vrai, mais à vue de nez je croirais volontiers qu’en France seule une commune sur trois est desservie par autocar, et encore : pour une part ils sont scolaires et donc saisonniers. Quant au dimanche, nous sommes en France, dans la patrie du service public, c’est-à-dire qu’il n’y a presque rien.

Les commerces sont, pour une part nombreuse (de 10 à 20%, ou plus) des morts-vivants dont les vitrines sont occultées au lait de chaux ou par des grandes photos de vieilles boutiques, quand on peut se les payer. Les boutiques survivantes sont heureusement les plus nombreuses, mais beaucoup ne sont guère prospères. Les petites communes sont souvent désertées par les commerces, on est déjà bien content quand il reste une boulangerie, une épicerie et un bistrot. Dans les petites et toutes petites villes les rares rues piétonnières, jadis vivantes, sont aujourd’hui mornes et désertées.

Bref, il y a lieu de ressentir un certain cafard, mais on peut toujours aller se réconforter dans les zones commerciales périphériques à l'architecture festive, près d'un Casino, d'un Leclerc, d'un Auchan, etc.
Tout près y passe la vie : une autoroute, une rocade…
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 10 Aoû 2017 3:07

À titre de documentation, voici des liens vers des articles de presse assez ou très récents.

Palmarès PROCOS des centres-villes commerçants
• Source : PROCOS (dossier PDF téléchargeable)
• Date : janvier 2017
• Lien : http://www.procos.fr/images/procos/images_page_d_accueil/procos_palmares-vf.pdf
• Extrait de la page 3 :
« Procos lance le premier Palmarès des centres-villes marchands les plus dynamiques de France (hors Paris et la région parisienne).
Procos, fédération du commerce spécialisé, met à l’honneur les centres-villes de France les plus dynamiques commercialement (hors Paris et la région parisienne) et souhaite mettre en exergue les facteurs favorables à la vitalité des cœurs marchands.
[…] la fédération Procos établit différents classements en
fonction de la taille de l’unité urbaine, et du nombre de points de vente des centres villes. 4 catégories homogènes ont ainsi été définies :
• Les grandes agglomérations,
• Les grandes villes moyennes,
• Les petites villes moyennes,
• Les villes touristiques. »

________________

La vacance commerciale dépasse les 15% dans plus de 20 centres-villes en France
• Article contenant des graphiques et une cartographie.
• Source : LSA Franchises
• Date : 23.06.2016
• Lien : http://www.lsa-conso.fr/la-vacance-commerciale-depasse-les-15-dans-plus-de-20-centres-villes-en-france,241251
• Extrait :
« Procos, fédération du commerce spécialisé, a fait la comptabilité des locaux commerciaux vides dans les centres-villes de 200 agglomérations de plus de 25 000 habitants, en collaboration avec Codata. Ce "taux de vacance' s’est encore accru pour atteindre la moyenne de 9,5 %. Les extrêmes, à 15% et plus, sont atteint dans les petites villes, ainsi que dans tous les centres-villes où le déclin de l’industrie, des revenus ou du tourisme dépriment la consommation locale. Mais l’essor des surfaces commerciales neuves dans les périphéries n’est pas étranger au phénomène… »
________________

Des centres-villes de plus en plus déserts
• Article de presse avec cartographies
• Source : France Culture
• Date : 27.02.2017
• Lien : https://www.franceculture.fr/societe/des-centres-villes-de-plus-en-plus-deserts
• Extrait :
« S’ouvrent ce 28 février à Bercy les Assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres-villes. Cinq cartes présentent les villes les plus touchées par cette désertification, et celles qui se maintiennent. »
________________

L’autre France périphérique qui peut peser sur la présidentielle : celle des centres-villes de provinces dévitalisées
• Source : Atlantico
• Date : 16.03.2017
• Lien : http://www.atlantico.fr/decryptage/autre-france-peripherique-qui-peut-peser-presidentielle-celle-centres-villes-provinces-devitalisees-2992427.html
• Extrait :
« Jeudi 16 mars a lieu une réunion de l'Association des Maires de France sur la revitalisation des centres-villes. L'occasion de s'attarder sur une catégorie de la France périphérique qui reste peu évoquée mais tout aussi importante - les personnes issues des petites villes qui ont observé leur dévitalisation. »
________________

La France toujours plus moche
• Source : Slate
• Date : 15.05.2017
• Lien : http://www.slate.fr/story/144466/france-zone-commerciale-geante
• Extrait :
« Cernées par les zones commerciales, les villes moyennes se meurent. Les élus s'en inquiètent. Les médias s’y intéressent. Le groupe Casino demande un moratoire. Et pourtant, les promoteurs de centres commerciaux l’affirment haut et fort: il y a encore de la place en France pour des zones supplémentaires. Mais où ? »
________________

De la France moche à la France morte?
• Source : Slate
• Date : 09.03.2017
• Lien : http://www.slate.fr/story/139454/grand-declassement-territoires-francais-moyens
• Extrait :
« Les villes moyennes et territoires périphériques sont au centre de plusieurs analyses, reportages et enquêtes publiés à l'approche de l'élection de mai, illustrant l'ironique omniprésence d'une France qu'on dit pourtant «oubliée» et dont le déclin commercial, urbanistique et économique traduit un malaise qui dépasse leurs frontières. »
________________

Le centre commercial invente le service après-vente de la France moche
• Source : Slate
• Date : 28.06.2017
• Lien : http://www.slate.fr/story/147504/centre-commercial-sav-france-moche
• Extrait :
« Après avoir construit la « France moche » et contribué au déclin des centres-villes, l'industrie des centres commerciaux, qui se sont épanouis en périphérie, a trouvé un filon pour se sauver: généraliser le modèle aux villes elles-mêmes. Jusqu'à couvrir tout le territoire français ? »
________________

Comment la France est devenue moche
• Source : Telerama
• Date : 13.02.2010
• Lien : http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php
• Extrait :
« Echangeurs, lotissements, zones commerciales, alignements de ronds-points… Depuis les années 60, la ville s’est mise à dévorer la campagne. Une fatalité ? Non : le résultat de choix politiques et économiques. Historique illustré de ces métastases pé­riurbaines. »
________________

Et aussi, vu par le quotidien suisse Le Temps :

Loin des banlieues, la misère invisible des villages français
• Source : Le Temps.ch
• Date : 11.04.2017
• Lien : https://www.letemps.ch/monde/2017/04/11/loin-banlieues-misere-invisible-villages-francais
• Extrait :
« Une sociologue auvergnate dresse un portrait vertigineux de la pauvreté dans le monde rural français.
Loin de la misère souvent explosive des banlieues françaises, la pauvreté des campagnes est une réalité plus silencieuse, invisible. C’est toute l’utilité du travail d’Agnès Roche, sociologue à l’Université de Clermont Auvergne et que Le Temps a rencontrée, de mettre des mots sur ces «vies de pauvres» du monde rural, ces «sans-dents» moqués par François Hollande. »

________________

Article de présentation du livre d’Olivier RAZEMON (Comment la France a tué ses villes, Rue de l’Echiquier, 2016)

Comment la France a tué ses villes
• Source : Urbis
• Date : 21.11.2016
• Lien : http://www.urbislemag.fr/comment-la-france-a-tue-ses-villes-billet-356-urbis-le-mag.html
• Extrait :
« C'est un livre au titre choc que vient de publier Olivier Razemon, journaliste indépendant dont le travail s’articule principalement autour de l’urbanisme et des transports. Car c’est une réalité que personne ne peut plus ignorer désormais : les villes moyennes françaises vont mal. Entre fermeture des commerces, départ des plus riches et élus locaux fatalistes, c’est un portrait de villes à l’agonie que dresse le journaliste. Interview. »
________________

Article de présentation du livre d’Olivier RAZEMON (Comment la France a tué ses villes, Rue de l’Echiquier, 2016)

Les centres-villes se meurent : comment peut-on les sauver ?
• Source : L’Obs
• Date :12.02.2017
• Lien : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170209.OBS5088/les-centres-villes-se-meurent-comment-peut-on-les-sauver.html
• Extrait :
« Boutiques à vendre, fermeture des services de proximité... Olivier Razemon, auteur de "comment la France a tué ses villes", a enquêté sur la dévitalisation urbaine, et propose des solutions concrètes. Entretien. »
Dernière édition par Terminus le 10 Aoû 2017 4:06, édité 6 fois.
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 10 Aoû 2017 3:50

Pour une lecture plus rapide, voici des éléments statistiques trouvés dans cet article :
La vacance commerciale dépasse les 15% dans plus de 20 centres-villes en France
Article de LSA Franchises du 23.06.2016
https://www.lsa-conso.fr/la-vacance-commerciale-depasse-les-15-dans-plus-de-20-centres-villes-en-france,241251

« Procos, fédération du commerce spécialisé, a fait la comptabilité des locaux commerciaux vides dans les centres-villes de 200 agglomérations de plus de 25 000 habitants, en collaboration avec Codata. Ce « taux de vacance » s’est encore accru pour atteindre la moyenne de 9,5 %. Les extrêmes, à 15% et plus, sont atteint dans les petites villes, ainsi que dans tous les centres-villes où le déclin de l’industrie, des revenus ou du tourisme dépriment la consommation locale. Mais l’essor des surfaces commerciales neuves dans les périphéries n’est pas étranger au phénomène… »

Liste pour toute la France :

Attention : cette liste ne comporte que les cas extrêmes (les pires cas et les meilleurs), les cas intermédiaires n'y sont pas mentionnés.

Les cas les plus critiques relevés sont :
    • taux de vacance commerciale de 20 à 25 % :
    Béziers
    Moulins
    Vierzon
    • taux de vacance commerciale supérieur à 15 % :
    Annonay
    Aubenas
    Avignon
    Calais
    Carcassonne
    Châtellerault
    Cholet
    Dax
    Douai-Lens
    Dreux
    Forbach
    Guéret
    Le Puy-en-Velay
    Libourne
    Marmande
    Montélimar,
    Nevers
    Pamiers
    Saint-Brieuc
    Saint-Nazaire
    Saint-Omer
    Saint-Quentin
    Vichy
    Villeneuve-sur-Lot
Les cas les plus favorables (taux de vacance commerciale resté inférieur à 5 % entre 2001 et 2015) sont :
    Bayeux
    Beaune
    Biarritz
    Cahors
    Compiègne
    La Rochelle
    Laval
    Lyon
    Nantes
    Périgueux
    Rouen
    Saint-Malo
    Strasbourg
    Toulouse
(Source : Procos)

Nota : seules 200 agglomérations sont analysées par cette étude du Procos.

Mais la liste abrégée ci-dessus ne comprend, pour l’ouest de la France, que Bayeux (favorable), Cholet (défavorable > 15%), La Rochelle (favorable), Laval (favorable), Nantes (favorable), Rouen (favorable), Saint-Brieuc (défavorable > 15%), Saint-Malo (favorable), Saint-Nazaire (défavorable > 15%).

En revanche cette liste abrégée ne comprend pas pour l’ouest : Angers, Brest, Caen, Le Mans, Lorient, Poitiers, Quimper, Rennes, Saumur, Tours, Vannes.


____________________________________________________________________________________________________

Pour l'ouest élargi :

Cette liste a été complétée à partir de la carte de l’article (sauf erreur d’interprétation car les symboles de la carte sont de couleurs parfois proches) :


    • cas favorables (vacance inférieure à 5%) :
      Guingamp (?)
      Laval
      Nantes
      Rennes
      Saint-Malo
    • cas modérément défavorables (vacance entre 5% et 7,5%) :
      Angers
      Auray (?)
      La Baule
      Le Mans
      Orléans
      Tours
      Vannes
    • cas défavorables (vacance de 7,5% à 10%) :
      Alençon
      Blois
      Brest
      Châteaubriant
      Dinan (?)
      Fougères
      Lorient
      Poitiers
      Redon
      Saumur
      Vitré
    • cas très défavorables (vacance de 10% à 15%) :
      Bressuire
      Challans (?)
      Lannion (?)
      La Roche-sur-Yon
      Morlaix
      Niort
      Quimper
    • cas extrêmement défavorables (vacance de 15% à 20%) :
      Châtellereault
      Cholet
      La Flèche
      Saint-Brieuc
      Saint-Nazaire
    • cas les plus critiques (vacance de 20 à 25%) :
      Vierzon
Nota : les (?) désignent les villes dont le nom et la localisation sont incertains, la cartographie étant muette pour les noms des localités.

Pour l'ouest élargi, les cas favorables ne représentent que 7 agglomérations sur 36. C'est moins de 20%, il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser.
Dernière édition par Terminus le 10 Aoû 2017 20:53, édité 1 fois.
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar luckyrando57 » 10 Aoû 2017 19:31

Bonsoir !

Cette triste mutation est effectivement d'actualité. Si nous l'avions connue il y a trente ans dans les régions fortement industrielles à l'occasion du déclin des grandes entreprises, par l'effet conjugué de la migration des jeunes et de la perte de pouvoir d'achat, force est de constater qu'elle se généralise au point d'affecter désormais des villes de strates démographiques très variables.

Le phénomène touche non seulement le commerce, avec toute la banalisation que cela suppose (à quoi bon se rendre ailleurs puisque chaque entrée de ville offre les mêmes enseignes !), mais affecte désormais les cabinets médicaux et services divers qui s'écartent d'un foncier spéculatif et d'immeubles anciens dont l'accessibilité est difficile à réaliser, et aussi les administrations qui chassent vers les quartiers de banlieue nombre de leurs services, notamment ceux dont les personnels restent tributaires de déplacements et font usage d'un parc de véhicules de service devenus difficiles à caser dans le bâti ancien. Des cités scolaires entières se sont également bâties en périphérie, phénomène apprécié des transporteurs qui évitent de s'engluer dans le centre des agglomérations. Et quand bien même les écoles sont demeurées au centre, qui n'a pas eu l'occasion de se sentir comme un dimanche en se rendant à son travail au coeur des villes un jour de vacances, tant le contraste de fréquentation est patent par rapport aux jours de classe.

Cette problématique est susceptible d'affecter à moyen, voire à court terme, l'organisation des transports car demain, qu'ira-t-on faire au centre-ville ???
luckyrando57
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 10 Aoû 2017 20:41

Bonsoir Luckyrando (et aussi les autres, bien sûr),

Effectivement, comme tu le suggères, les commerces sont la face visible de l’iceberg mais les dégâts sont encore bien plus considérables qu’on ne les voit. Et l’avenir des centres des villes moyennes, petites ou toutes petites — plus elles sont petites et pire c’est — est très compromis, au point qu’on peut s’inquiéter sérieusement. Jusqu’aux années 90, très approximativement, personne ne doutait que les centres-villes fussent immuables. Aujourd’hui tous les désespoirs sont permis.

En cinquante ans les villes ont été complètement déstructurées. L’influence conjuguée de la bagnole généralisée, du commerce de masse, de l’industrie du bâtiment et des travaux publics, a redessiné une France méconnaissable, assez dépourvue de pittoresque mais plus dure. Seul le confort domestique s’est amélioré (logements plus grands, équipements sanitaires, chauffage central). Parlons aussi de l’architecture d’après-guerre : elle est à démolir.

Cette déstructuration des villes, allant de pair avec l’affaiblissement des campagnes et l’extension de banlieues mornes et uniformes, est sans doute l’application d’un principe des plus stupides qui soient : du passé faisons table rase. On pourrait parler, sans trop exagérer, d’un vandalisme de masse qui s’est opéré avec brutalité.

Pour nous qui nous intéressons aux transports il y a lieu de s’inquiéter car l’individualisme, déjà très cultivé en France, s’est exacerbé et bien des gens, même fort modestes, répugnent à se mélanger à d’autres dans un autobus.

_____________

Même de très gros commerces disparaissent, parfois même dans des métropoles :

— À Lille les Galeries LaFayette ont disparu (« À Lille, les Galeries Lafayette baissent le rideau », Le Monde, 10/07/2015).
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/10/a-lille-fermeture-des-galeries-lafayette_4678742_3234.html
Les Galerie Lafayette de Lille étaient établies rue de Béthune, une rue piétonnière des plus commerçantes du centre de Lille (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_de_B%C3%A9thune).

— Mais cette même rue a aussi perdu Darty et Benetton, voir cet article de La Voix du Nord, du 04/02/2016 (« Lille : après sa locomotive commerciale, la rue de Béthune va-t-elle perdre ses wagons ? ») :
http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup%3A%252Fregion%252Flille-apres-sa-locomotive-commerciale-la-rue-de-ia19b0n3312389

— À Béziers et à Thiais (centre commercial Belle-Épine) les Galeries Lafayette ont aussi fermé (« Les Galeries Lafayette vont fermer deux magasins », Le Figaro, 31/03/2015).
http://www.lefigaro.fr/societes/2015/03/31/20005-20150331ARTFIG00017-suppressions-de-postes-en-vue-aux-galeries-lafayette.php
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Maastricht » 11 Aoû 2017 4:57

Terminus a écrit:Seul le confort domestique s’est amélioré (logements plus grands, équipements sanitaires, chauffage central). Parlons aussi de l’architecture d’après-guerre : elle est à démolir.

Il y a une petite contradiction dans ton propos, non ? :mrgreen:
Qu'il y ait des grands ensembles à mettre par terre, ou des pavillons des années 60-70 à peu près inhabitables, c'est une chose. En arriver à une vision manichéenne où l'architecture serait morte en 1945 et où tout ce qui s'est fait depuis, c'est zéro, est non seulement réducteur et en plus - tu m'excuseras d'autant plus que j'apprécie tes posts - inculte. Que devrait-on faire, table rase, justement, pour tout ce passé récent depuis 1945, faute de pouvoir l'assumer et de chercher à le comprendre ? Et construire à la place des ensembles pittoresques, avec de l'ardoise de Trélazé et de la pierre de Chauvigny ?
La dévitalisation des centre-villes est un problème sur lequel les urbanistes, les économistes, les historiens et les sociologues fourniront des réponses différentes. L'histoire industrielle et commerciale récente n'est pas favorable aux petits artisans et aux petits commerçants. Les loyers qui représentaient un montant ridicule après-guerre sont maintenant souvent insoutenables pour qui n'est pas franchisé dans les centres des grandes villes. D'où une banalisation des paysages commerciaux d'une ville à l'autre, si actifs qu'ils soient. Le mobilier urbain participe lui aussi cette banalisation.
Tant que les élus n'inverseront pas la course à l'échalote (l'exemple le plus puéril étant celui d'arriver à attirer son IKEA), les difficultés persisteront.
Il y a cependant depuis 10-15 ans un mouvement de reflux qui commence à voir le jour, essentiellement dans les moyennes et les grosses agglos, où les hypermarchés sont de plus en plus en difficulté. Les chaînes réinvestissent les centre-villes, quitte à ce qu'il y ait une suroffre de Carrefour Express ... On voit aussi des petites surfaces de bricolage (franchisées) s'établir en ville. A l'inverse il devient quasiment impossible, dans des agglomérations de la taille d'Angers, de trouver une poissonnerie ou une mercerie. Les artisans du bâtiment, eux aussi, ont déserté. Que peut-on y faire, pas grand chose.
La principale solution - de mon point de vue avec les déformations professionnelles que ça suppose - pour assurer le maintien du commerce, c'est l'augmentation de la densité et de la mixité, tant sociale que d'activités. Cela veut dire aussi arriver à ce que les centres-villes et leurs logements proposent davantage d'aménités pour compenser celles des zones périurbaines, au premier rang desquelles l'espace. Cela suppose aussi de trouver un moyen de faire levier sur les prix, car les jeunes sont les grands perdants des 50 dernières années de politique du logement (l'actuelle génération de retraités étant, quoi qu'elle en pense, de loin plus favorisée).
Pour sauver Vierzon par contre bien malin celui qui a une idée.
Et à titre personnel, je pense que le jour où le gouvernement (ou un autre) aura le courage de taxer à la juste mesure les services de livraison à domicile, un grand pas aura été fait. Il n'est pas normal qu'un libraire s'épuise à payer une boutique quand Amazon livre à domicile pour un centime. Il n'est pas normal que Deliveroo fasse signer des contrats léonins à des étudiants tout en grignotant la marge de restaurateurs qui préfèrent malgré tout vendre des repas que de ne pas travailler. Il n'est pas normal, au-delà de la question du manque d'éducation élémentaire, qu'on puisse aller essayer des sous-vêtements chez un commerçant indépendant pour ensuite aller l'acheter 20% moins cher sur Internet. Il n'est pas normal que toutes ces livraisons à domicile si pratiques (et dont j'abuse comme à peu près tout le monde) aient un coût environnemental (sans parler des coûts humains induits) qui ne soient pas répercutés sur la facture.
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 12 Aoû 2017 4:10

Bonjour Maastricht,

Ton commentaire montre des divergences avec moi sur certains points. Mais si tu me reproches une contradiction — dont je ne suis pas persuadé — tes propos en présentent aussi quelques unes, du moins de mon point de vue.

Tout d’abord, celui de mes arguments qui t’a déclenché — « Parlons aussi de l’architecture d’après-guerre : elle est à démolir » — était, pour moi, accessoire, mais tu t’en es servi pour contredire bien davantage que ce propos. Il y a comme une incohérence de ta part puisque tu as utilisé un détail pour contredire un ensemble. Un grain de sable, même un caillou, ne mettent pas par principe tout par terre.

Mes mots, c’est vrai, c’était du brutal. Mais je les pensais justifiés, et je le pense toujours car j’y crois sincèrement, sinon pour toute la production architecturale d’après-guerre, du moins pour une large part. C’est là une de tes contradictions puisque tu m’as objecté : « Qu'il y ait des grands ensembles à mettre par terre, ou des pavillons des années 60-70 à peu près inhabitables, c'est une chose. » En somme nous sommes d’accord !

La question à se poser est donc le choix de ce qu’on garde et de ce qu’on détruit. Mais avant de choisir, on doit se demander au préalable s’il faut :
— tout conserver ;
— ou ne conserver qu’une partie ;
— ou bien tout détruire, auquel cas on ferait « du passé table rase. »

Mon sentiment est que l’on doit :
— conserver ce qui est de qualité et qui a donc de la valeur ;
— détruire ce qui est de mauvaise qualité et a peu de valeur ;
— mais à la condition impérative que ce qui remplace soit d’une valeur supérieure à ce que l’on détruit. Sinon on est des vandales.

Les vandales, justement, ont beaucoup sévi au XXe siècle. C’est une idée que je me fais, mais je crois remarquer que le vandalisme va souvent de pair avec le progressisme : on les a souvent vus marcher la main dans la main, le poing dans le poing même, quand une partie de la population veut imposer de force de nouvelles règles à l’autre partie, sans admettre de compromis. Toutes ces statues mutilées que l’on voit dans les musées et sur les monuments sont une insulte à l’intelligence et à la culture, elles témoignent d’une violence et d'une stupidité obscènes.

Les villes dont on constate le déclin ont déchu à cause d’un pseudo-progrès qui a engendré des effets néfastes. Vouloir enrayer cette déchéance procède d’un conservatisme parfaitement légitime et justifié. Il y a d’une part un bon et un mauvais progressisme tout comme il y a d’autre part un bon et un mauvais conservatisme. Ainsi il serait absurde de considérer que le conservatisme est par principe mortifère alors qu’on a entièrement raison de regretter l’aliénation de beaux sites et de villes pleines de charme, ainsi que l’hémorragie démographique et la disparition d’activités.

Il me paraît donc légitime de détruire ce qui a failli, ce qui est sans valeur et qui est logiquement sans avenir.

Il y a lieu de considérer que, paradoxalement, le bâti ancien a très souvent bien plus d’avenir que le bâti récent. On restaure les centres-villes car tous les habitants les aiment et refusent qu’ils se dégradent, mais si on réhabilite les périphéries de logements sociaux c’est plutôt pour les prolonger car on n’éprouve guère d’affection pour ces quartiers que l’on pressent sans grand avenir et où l’on n’a même pas envie de se promener. Et dans les faits on n’hésite guère à abattre des quartiers construits il y a seulement 60 ans, ainsi à Angers le quartier Verneau, des parties entières de Belle-Beille, de la Roseraie ; je connais bien moins Tours mais à La Riche le quartier des Sables, où j’étais allé en trolleybus en 1967 et qui était assez marginal, a été détruit, d’autres aussi sans doute. À la Courneuve en région parisienne des destructions de barres entières ont été opérées à la cité des 4000. Il y a beaucoup d’autres cas semblables en France.
Lors de mon voyage à Tours de 1967 j'avais traversé les halles disparues, elles étaient en bon état et parfaitement restaurables ; les deux bâtiments de verre et de métal, sans être honteux, sont loin d'équivaloir les deux halles anciennes, qui, c'est d'autant plus navrant, étaient belles.

Le problème concerne surtout l’architecture d’après-guerre (la deuxième) notamment parce que le logement social des années 30 (les HBM, habitations à bon marché), est autrement plus plaisant : cet habitat des années 30 est largement à conserver et à réhabiliter car les équipements, les normes et les surfaces ne sont plus ceux d'aujourd'hui.

Pour discuter de notre sujet les livres ne manquent pas mais ces trois ouvrages apportent des analyses pertinentes :

—  L’Utopie urbaine au XXe siècle, (Ebenezer Howard Frank Lloyd Wright Le Corbusier), Robert Fishman, Éditions Mardaga,1995.
https://livre.fnac.com/a70579/Robert-Fishman-L-Utopie-urbaine-au-20e-siecle?oref=00000000-0000-0000-0000-000000000000&Origin=SEA_GOOGLE_PLA_BOOKS&ectrans=1&ploc=9056409&plid=&pcrid=64457382743&gclid=EAIaIQobChMIrLzK883O1QIVaSjTCh3APw4iEAYYASABEgIicfD_BwE&ptid=pla-286914327544
Cet essai compare trois théoriciens de la ville au XXe siècle, dont les théories de chacun ont été partiellement appliquées, mais jamais complètement :
    — Ebenezer Howard, un homme modeste, un simple sténographe et journaliste judiciaire, qu’on peut voir comme un philanthrope et qui a conçu la théorie des cités-jardins (rien à voir avec les cités-jardins françaises comme celle de Suresnes et d’autres, elles ne répondaient pas aux principe d’Ebenezer Howard) :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ebenezer_Howard
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cit%C3%A9-jardin
    — Frank LLoyd Wright : architecte, il proposait une ville éclatée, Broadacre, qui s’éparpillait sur de vastes zones rurales :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Lloyd_Wright
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Broadacre_City
    — Le Corbusier : on n’a pas besoin de le présenter, son utopie était la Cité radieuse et la Ville radieuse. Il y eut quatre prototypes de Cité radieuse en France : Marseille, Firminy, Bruey, Rezé, seules une ou deux barres-témoins ont furent construites car ces barres devaient être nombreuses et implantées en fonction d’un schéma quadrillé. La perception que l’on a aujourd’hui de la Cité radieuse est faussée car ces opérations étaient prévues pour comporter un grand nombre de barres sur une vaste zone où elles étaient parfaitement alignées sur une grille, de façon rigide. Les réalisations existantes n’étaient en quelque sorte que des échantillons hors d’échelle avec le projet final envisagé.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Corbusier

    De ces trois personnages :
    — Ebenezer Howard était le plus généreux et le plus empathique, il a élaboré des principes mais sans donner de forme particulière, toutefois deux cités-jardins furent construites près de Londres : Letchworth et Welwyn, mais sans doute en respectant partiellement les conceptions de Howard qui accordait une place primordiale au chemin de fer (dont une ligne ceinturant les cités), il est douteux que ce dispositif ferroviaire ait été totalement réalisé ;
    — Frank Lloyd Wright et Le Corbusier étaient deux dominateurs ; sur le plan de la qualité esthétique Wright surclassait largement Le Corbusier qui était aussi le plus totalitaire.
— L'Architecture moderne est morte à Saint-Louis, Missouri, le 15 juillet 1972 à 15 h 32, ou à peu près, Peter BLAKE, Éditions du Moniteur, 1972.
https://www.amazon.fr/LArchitecture-moderne-Saint-Louis-Missouri-juillet/dp/2862821217
Cette date du 15 juillet correspond à la destruction de bâtiments de la cité Pruitt-Igoe à Saint-Louis aux USA. Cette sorte de cité radieuse avait été conçue avec les meilleures intentions possibles, par Minoru Yamasaki, qui réalisa aussi le World Trade Center à Nex York. Mais des gangs en avaient pris le contrôle, causant une insécurité qui rendait trop problématique le maintien de ces lieux.
Charles Jencks, architecte et historien de l’architecture a dit que la date de la démolition de ce complexe a été comme la « mort de l'architecture moderne » dans son ouvrage intitulé Le langage de l'architecture post-moderne, paru en 1977.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Pruitt-Igoe
Malheureusement ce livre d’occasion est proposé sur ce site à un prix prohibitif (80 €).

— Il court, il court le Bauhaus : Essai sur la colonisation de l'architecture (From Bauhaus to Our House), Tom Wolfe, 1981 (réédité en France en 2012). C’est un ouvrage ironique, pamphlétaire.
https://www.lesbelleslettres.com/livre/980-il-court-il-court-le-bauhaus

Il y a aussi celui-ci, dont je n’ai lu que des extraits, il a été récemment réédité :
Pour une poétique de la ville, Pierre Sansot, Petite Bibliothèque Payot :
http://www.payot-rivages.net/livre_Poetique-de-la-ville-Pierre-Sansot_ean13_9782228898942.html
Dernière édition par Terminus le 12 Aoû 2017 5:58, édité 2 fois.
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Terminus » 12 Aoû 2017 5:19

Post-scriptum.

Lors de mon voyage à Tours en 1967 (je pense que c'était bien 1967 et non 1968), il ne restait plus qu'une seule ligne de trolleys, la B1 : Loiseau-d'Entraigues — Jean Jaurès — Les Halles — La Riche (terminus partiel) — Les Sables (1 trolley sur deux), la fréquence était peut-être de 15 minutes pour La Riche (Église) et 30 minutes pour Les Sables (si ma mémoire ne me trompe pas.
Ma mémoire peut me tromper mais il me semble que :
— la ligne C, Charentais Jean Jaurès — avenue de Grammont — Parc (Nord) était aux 10 minutes, c'était la ligne principale ;
— la ligne A, Joué — Jean Jaurès — Ste-Radegonde — Petit-Monsoudun (sauf erreur) était aux 15 minutes ;
— A1 était sans doute Jean Jaurès — Vouvray (intermittent) ;
— la ligne B, Stalingrad — Les Halles — Jean Jaurès — Gare — Botanique, autre forte ligne, devait sans doute fonctionner aux 10 minutes ;
— la ligne D, Febvotte — Jean Jaurès — Cimetière — Petite-Arche, était plus faible : 20 ou 25 minutes, peut-être 30 minutes ?
— la ligne F (?) reliait St-Cyr (Place Cousseau) à St-Pierre-des-Corps via le pont Wilson, Jean Jaurès, la Gare, la place Loiseau-d'Entraigues, sans doute aux 15 minutes ;
— il y avait aussi un ligne J, périphérique, de Joué(Quatre-Bornes) à L'Alouette ou peut-être Montjoyeux ? Service intermittent ;
— la ligne de Luynes était sans doute la E (service intermittent).

En semaine les derniers départs, au moins sur les principales lignes, était vers 20h15, peut-être 20h30 mais je croirais plus à 20h15.

À l'entrée de l'avenue de Grammont il y avait deux kiosques sous des marquises en béton aux poteaux de section circulaire et s'évasant bers le haut, ils étaient, je crois peints en vert émeraude ou quelque chose comme un vert foncé mais pas trop. Je crois que seul un kiosque, celui du quai ouest, était occupé par du personnel, l'autre, celui du quai est, semblable, devait être vide.

Entre l'église de La Riche et Les Sables la ligne aérienne était en voie unique. Il restait bien sûr aussi le raccordement au dépôt par l'avenue de Grammont. J'avais roulé en Somua-SW (portes en 422) et en Vetra VBRh (portes en 422). Le service était à un seul agent, avec un oblitérateur automatique étroit et haut, situé près du conducteur. La porte arrière était condamnée et une banquette de bois pour trois ou quatre places était adossée à la face arrière : ça sentait la fin.

Pour les autobus, il y avait surtout des Renault-Saviem R4231, sauf erreur, des R4231 (portes en 433) et aussi des Saviem S105 (en portes 034).
Le service était en totalité à un seul agent sur les lignes d'autobus, avec oblitérateur automatique. Tout le matériel était en livrée crème et bleue, sauf les Renault R4211 ex-Bordeaux (portes en 033) qui étaient restés en crème et rouge avec le blason sur les flancs, et sauf les Saviem S105, sans doute les plus récents, déjà en nouvelle livrée blanc/bleu/blanc.
Certains bus portaient sur les flancs une plaque circulaire en relief portant le logo TRT, sans doute en fonte d'aluminium.

Je me souviens qu'il faisait extrêmement chaud, peut-être en juin, juillet ou bien août ?

Attention : ces souvenirs ne sont pas à prendre au pied de la lettre. J'ai une bonne mémoire mais on peut reconstruire des souvenirs.

______________________

P.-S. : si tu as des scans de vieux horaires des années 60, je suis preneur. De mon côté j'ai quelques photos de Somua et de VBRh, de qualité très moyenne (Kodak Brownie Flash), sauf un avant de Somua-SW, mais il faudrait que je les renumérise.
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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Maastricht » 12 Aoû 2017 6:03

Bonjour,

J'ai eu une réaction un peu vive car j'ai enseigné pendant cinq ans l'histoire de l'architecture du XXe siècle en fac, d'où ma tendance à être épidermique. Ce sont des discussions sur des sujets très complexes et passionnels, surtout lorsqu'il est question, comme tu l'écris, de "qualité" et de "valeur", ce qui emporte à la fois une part d'expertise et d'arbitraire. C'est bien là toute la difficulté. Je suis tout à fait d'accord pour lier l'histoire du vandalisme à celle du progressisme ; il y a par contre à mon sens un tort qui a conduit à en faire une question extrêmement morale, où nous serions forcément des fils et filles indignes de ne pas savoir conserver ce qui est parvenu jusqu'à nous... sans nous questionner davantage. Je vais prendre un exemple très caricatural mais révélateur des situations que je croise assez souvent :
- à Tours, dans un quartier ayant une centaine d'années, un petit immeuble des années 1880 doit être détruit pour laisser la place à une construction neuve. Bronca des riverains. L'un d'entre eux, animé de sentiments respectables, s'étonne que l'on ne veuille pas conserver un immeuble qui est l'un des plus anciens des environs, et à l'appui, prend une photo de la façade arrière où l'on remarque une excroissance qu'il trouve "insolite". Je n'ai pas eu la présence d'esprit de faire remarquer que c'était les WC que l'on avait sans doute surajouté dans les années 1950. Tout cela pour dire qu'il est très difficile de lutter contre des mouvements réactionnaires qui conduiraient à ce que l'on ne puisse plus rien faire, surtout dans des périodes culturellement crispées comme la notre où on se raccroche au visible (une maison, un toit) et aux signes culturels de réussite et d'individualité pour se rassurer.

Bref. La cité des sables que tu cites était une cité d'urgence, construite pour durer 30 ans, et qui a effectivement été mise par terre au bout de ce laps de temps après être devenue un foutu coupe-gorge. D'autres grands ensembles - le Sanitas à Tours est un exemple - vieillissent honorablement (je parle du bâti). Au-delà des phénomènes de ghettoïsation par religion et par couleur de peau qui sont connus de tous, il y a un autre problème qui frappe les quartiers construits des années 50 aux années 80, c'est le vieillissement de la population. Dans certains bâtiments HLM de Tours, la moyenne d'âge est de 75 ans. Et cela ne touche pas que les collectifs : des quartiers pavillonnaires de 20 ou 25 hectares, construits d'une traite dans les années 80, ont vieilli uniformément, avec les conséquences que cela a sur les écoles, les commerces, et évidemment la desserte en transports en commun. Dieu merci nous n'avons quasiment pas en France de gated communities, qui sont la négation la plus absolue de la ville, si confortables qu'elles soient pour leurs occupants.

Tous les tramways construits dans les années 2000 ont marché à la carotte brandie par l'Etat : passer par les grands ensembles pour recevoir davantage de subventions. Cela ne résout absolument pas tous les problèmes (cela en crée même de nouveau), mais il y a quand même un effet (au moins d'image), et les promoteurs sont incités à lancer des programmes à proximité qui permettent de diversifier un peu la population des quartiers pauvres.

L'histoire de l'urbanisme en France est d'une très grande richesse/complexité, et sur le plan historiographique il y a des écarts sensibles d'analyse entre les différentes écoles. Charles Jencks appartient aujourd'hui à l'histoire de la critique, tout comme le post-modernisme est aujourd'hui digéré par l'histoire de l'architecture. Howard a eu un impact en France relativement mineur (les maîtres de l'urbanisme de l'entre-deux-guerres étaient des gens comme Prost, Agache, plus tard Rotival, Beaudouin, Auzelle ...). Wright est extrêmement célèbre, mais je ne crois pas que Broadacre City ait eu un grand impact, en France en particulier. Quant à Le Corbusier, le sujet est toujours brûlant vu qu'il ne se passe pas une année depuis sa mort sans qu'un bouquin sorte à son sujet. Plus le temps passe et plus je considère son impact surévalué. On a voulu faire de la Charte d'Athènes le vademecum des architectes français des Trente Glorieuses, pour moi c'est très excessif. Corbu a été à peu près le seul à être sauvé lors de la crise de la modernité des années 70 ; il faut dire qu'il avait bien préparé de son vivant sa fortune critique. Le livre de Wolfe est un pamphlet - ce n'est pas ce qui me gêne, mais il énonce erreur factuelle sur erreur factuelle, et ça n'en fait pas pour moi un ouvrage sérieux.

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Re: Le déclin des centres-villes et de leurs commerces

Messagepar Fredorail » 14 Aoû 2017 14:33

Merci pour ces intéressantes informations
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